Éditorial

Souvenirs – de môme, de vacances, d’été… Sur le marché, un lot de cinq bandes dessinées pour le prix de deux, dans un sac plastique, le Pif du mois de janvier et l’Okapi de mars. Sur le marché, toujours, le type avec son micro qui accumule dans un sac deux stylos-billes, un porte-plume, un briquet… tout ce qui lui tombe sous la main… la bonne affaire ! A la Foire de Paris, pareil, on sortait avec un sac plein de machins gratuits à jeter le lendemain. Le Sac (le fascinant) – Moi (le fasciné).

Quelques décennies plus tard : une revue sac plastique, ToTal LoCal. Demander à des artistes amis (amitiés en art), producteurs de multiples, petites unités artisanales, minimachines (merci, Andy !) de glisser dans un sac (fait main) un élément de leur production. Pas le Pif du mois de janvier, pas le briquet plaqué mort, mais un objet d’art – une pièce unique – élément d’une série – un moment –, un truc à eux, pour nous.

Fourre-tout ? Pochette surprise ? Panier garni ? Bon, ben, oui, non, pas du tout… si, quand-même. Plutôt une façon d’être ensemble, de faire lot, de s’additionner. Pas un collectif, une collecte ! Qui est qui ? Qui fait quoi ? Les noms par ordre alphabétique sur un bandeau (« Sauras-tu reconnaître le quoi de qui ? »).

Et puis ce titre, ce nom : ToTal LoCal. Ça sonne régional, repli sur soi, table d’hôte et bonne franquette… Bon, ben, oui, non, si, pas… Plutôt : direct producteur-acquéreur. LoCal, c’est partout, ça pousse par le milieu comme disait l’autre. ToTal, c’est tout ou « rien que » (idem) ; un coup de menton, une  radicalité avec geste panoramique de la main droite ou sphérique des deux (mains). Plus c’est total, plus ça fuit de partout comme dirait l’autre (le même !). Suffit d’ouvrir le sac, d’étaler le contenu sur la moquette… déballer-remballer-assembler-disperser… Vu, pas vu, revu… Garder le sac (le fascinant !).

Et là, vraiment, c’est merveilleux ! C’est merveilleux !

Marc Na (le fasciné)

40 voleurs

Samedi 25 mars 2006 6 25 /03 /2006 15:06
 

La calanque semblait vide quand il la contempla du haut du chemin. Mais bientôt une tache de couleur vive lui attira l’œil: un drap de bain, étalé près d’un sac de paille. Marius essuya son front dégarni avec le bas de son tee-shirt.

  I Love OM, en blanc sur fond bleu lui barrait le torse. Il rabattit le tissu sur un ventre proéminent et remit ses lunettes noires cerclées de métal brûlant.

Elle devait donc être là, quelque part, même s’il ne la voyait pas. Il s’obligea au calme, son cœur s’emballait et commença à dévaler la pente serpentant entre les rochers. Les cigales bruissaient et la lumière rendait l’air pesant, lourd comme somnolent.

Il arrivait sur la plage quand il l’aperçu : tête d’épingle piquée sur la mer bleue, loin, très loin du rivage de sable blanc. Un rapide coup d’œil lui assura que non, personne d’autre n’avait eu la folie de venir s’exposer à midi le 10 août en plein soleil marseillais. Personne d’autre que lui et elle, bien entendu.

Ca faisait maintenant deux mois qu’il la surveillait. Il l’avait d’abord croisée ici où là sans y prêter attention, mis à part le fait qu’elle était toujours vêtue de blanc des pieds à la tête. Mais c’est le jour où il se rendit compte par transparence que sous sa robe immaculée en lin, elle portait une culotte de couleur vive ( orange cette première fois) que quelque chose s’était déclenché. Après ce déclic la traque avait commencée. Il avait tout d’abord mis son obsession sur le compte d’une curiosité polissonne : Voir sous les jupes des filles. C’est comme ça qu’il se justifiait à lui même le temps passé à la suivre, la guetter, en rêver. Pour autant il n’avait pas cherché un contact, ce qui le rassurait sur son état : il n’était pas amoureux. De toute façon il n’aurait eu aucune chance,sa cinquantaine bedonnante face à cette jeunette virginale. Néanmoins le fait de la voir toujours circuler seule, sans homme ni femme lui plaisait. Ca corroborait sa garde-robe. Mais ce qui ne cadrait pas avec tout ça, c’était les culottes !

Pourquoi cette manie de ne porter que slips de couleurs criardes, et sous tout ce blanc, était la question qui le taraudait car très vite il s’était aperçu que la belle chaque jour arborait un nouveau coloris.

Il faut dire que chaque matin elle s’asseyait à la terrasse de la Sardine pour prendre un café. Toujours à la même table. A neuf heures moins cinq, elle se levait face au soleil, s’étirait lentement puis se dirigeait vers le club de plongée où elle travaillait. Elle en ressortait à midi pile, prenait le chemin et se retrouvait sur la plage. Elle y déjeunait, s’y baignait, semblait même parfois s’y endormir. Puis d’un seul coup et parfois pas tout à fait sèche se levait et retournait au travail. Marius très vite avait noté sur son agenda sous le saint du jour les couleurs des slips de la demoiselle. Au moins il l’utilisait cet agenda, qu’il s’obstinait à acheter tous les ans comme si le simple fait de l’avoir était gage de journées remplies de rendez-vous palpitants. En fait il n’avait pas grand chose à noter dedans, les matches de foot essentiellement. Cette poursuite enfin lui procurait une occupation quotidienne, un but à sa journée : Il se sentait détective, rusant pour apercevoir ce petit bout de tissu chaque jour sans se faire repérer.

Et puis il y avait eu le classement et tout de suite après, le vœu qu’il avait fait à la Bonne Mère. Aujourd’hui, il était là pour remplir son contrat.

Il démarra très vite courant droit vers la tache orange de la serviette de bain. S’empara du panier farfouillant entre tubes de crème, lunettes de soleil, magazines ; s’empara de ce qu’il était venu chercher. Il jeta un regard vers le large. Elle revenait aussi vite que possible fendant l’eau de hautes gerbes énervées. Il quitta le sable, et entreprit de gravir doucement le chemin de la calanque. Il avait le temps maintenant, il s’en fichait d’être reconnu. Il allait déposer le petit chiffon coloré aux pieds de la statue et le tour serait joué. Un moment il pensa à sa peur, arrivant près de ses affaires, craignant qu’on ne lui eu dérobé argent, papiers, téléphone. Il l’imagina rougissante à l’idée de passer le reste de la journée sans sous-vêtement sous ce lin blanc indiscret. Il regarda sa montre, elle n’aurait pas le temps de trouver un magasin avant de devoir reprendre son travail. Il imagina sa perplexité puis se dit que sûrement elle expliquerait ce larcin comme l’œuvre d’un pervers, d’un obsédé sexuel. Elle serait craintive quelque temps, puis très vite heureuse d’être passée à côté du drame, de s’en être tirée à bon compte. Peu importe demain l’OM allait gagner.


 

                                                  

 
 
Par Lady Flo - Publié dans : 40 voleurs
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